En matière de discrimination, deux logiques s'opposent : d'un coté la France et son idéologie républicaine; de l'autre les États-Unis et leur pragmatisme Anglo-saxon.

L'idéologie républicaine : obligation de moyens
Le concours est le fer de lance de l'idéologie républicaine. Anonyme et objectif, il est la garantie d'un processus de recrutement équitable. On le retrouve à l'entrée de la fonction publique mais aussi de manière indirecte lors de l'embauche dans le secteur privé : les diplômes constituent un critère de choix important dans les processus de recrutement. Or les diplômes les plus recherchés sont conditionnés à des classements de concours (comme par exemple les concours d'accès aux grandes écoles).

Lorsque les français constatent des discriminations, deux causes sont mises en avant :
Les solutions s'imposent alors à elles-mêmes :
L'idée est de donner à tous les mêmes moyens.

Le pragmatisme Anglo-saxon : obligation de résultat
Les États-Unis, bien qu'un peu moins élitistes, ont un système similaire au notre. L'équivalent de nos bacheliers passent le SAT, un test standardisé, qui donne accès aux universités prestigieuses (Ivy League schools), en fonction du score obtenu. L'obtention d'un diplôme d'une université reconnue - quelle que soit la matière et le niveau - donne accès aux postes les plus attractifs.

Les États-Unis ont une histoire plus chargée que la France en matière de discrimination. Suite aux émeutes ethniques des années 60, deux principes ont été adoptés pour aménager le processus classique :

Les politiques de quotas aux États-Unis ont largement été remises en cause par les tribunaux - car rompant l'égalité devant la loi - et des référendums populaires. Ainsi, les quotas ethniques lors de l'admission dans les universités sont de nos jours illégaux. L'obligation de résultat, quant-à-elle, perdure.

Une obligation de résultat en France ?
Bien que remise en cause aux États-Unis, l'idée des quotas à l'entrée des formations sélectives a fait son chemin en France. En 2001, Sciences-Po à ouvert des voies d'accès réservées aux étudiants provenant de zones d'éducation prioritaires. Le lycée Henri-IV réserve une classe préparatoire aux étudiants boursiers depuis 2005. Ces mesures rencontrent une vive opposition car elles sont vue comme une atteinte à l'égalité républicaine, notamment de la part de la Conférence des Grandes Écoles.

Toutefois, il n'existe pas en France d'obligation de résultat en matière de discrimination à l'embauche - à l'exception de la politique de quotas des handicapés, qui impose aux entreprises d'avoir 6% de travailleurs handicapés. Notamment, il n'existe pas d'obligation de résultat en faveur des minorités ethniques, alors que leur difficulté d'accès à l'emploi mine nos fondamentaux républicains.

L'une des raisons est que l'on ne sait pas mesurer ces résultats car les statistiques ethniques sont interdites en France. La crainte de renforcer le communautarisme est souvent invoquée. Mais il ne s'agit là que de l'arbre qui cache la forêt. La véritable - et difficile - question auquel se conforte le modèle républicain est la suivante :

Faut-il rompre l'égalité devant la loi pour privilégier l'égalité de résultats ?


Le fait qu'un processus soit objectif ne le rend pas forcément équitable. Ainsi, une possibilité offerte aux employeurs pour réduire les discriminations est, contrairement à l'intuition, de diminuer l'importance qu'ils accordent aux diplômes afin de battre les cartes plus d'une fois par vie.