mardi 25 octobre 2016

Le test MBTI n'est pas très scientifique... mais n'est pas idiot non plus

Carl Jung, ancêtre théoricien du MBTI
Il y quelque temps j'ai décrit les avantages du modèle Big Five par rapport au MBTI. Pour résumer, le modèle du Big Five correspond mieux à la réalité car il place les individus sur des traits de personnalité continus plutôt que par catégories dichotomiques comme le MBTI. Dans ce billet je voudrais nuancer mon propos...

Le test mesure-t-il vraiment les dimensions du modèle ?

Le modèle du Big Five provenant d'une approche lexicale, il est beaucoup plus aisé de développer un test correspondant à ses dimensions. Par exemple, la dimension "agréabilité" a été identifiée car les mots qui lui correspondent sont fréquemment utilisés concomitamment. Une personne coopérative est aussi souvent décrite comme aimable, polie, empathique, etc. Il suffit de reprendre ces mots dans les propositions pour obtenir un test relativement fiable (en prenant en compte la désirabilité sociale).
Le cas du MBTI est plus compliqué car son modèle repose sur une théorie développée en grande partie par Carl Jung. Les dimensions du modèle sont des fonctions cognitives qui ne sont pas directement observables car internes (surtout qu'à son époque les techniques IRMf n'étaient même pas du domaine de la science-fiction). L'intuition introvertie (en anglais) est un exemple de fonction cognitive :

L'intuition introvertie est une fonction qui est souvent décrite comme difficile à expliquer de par sa nature hautement interne et intangible. L'intuition introvertie permet de synthétiser des phénomènes provenant de sources multiples en une vision unifiée.

On voit qu'il est moins facile d'imaginer des propositions de tests étant donné la nature subjective du modèle. Les créateurs du MBTI ont donc basé leur test sur des dichotomies portant sur des dimensions plus directement observables, au final très proches de celles du Big Five. Ensuite, à partir de ces dichotomies sont déduites l'ordre de préférence des fonctions cognitives de l'individu.

Problème : le caractère dichotomique du test rend ses résultats très peu fiables. Un changement de 49% à 51% dans les résultats du test font basculer l'individu sur un autre type de personnalité, avec un ordre préférence de ses fonctions cognitives sensiblement différent. Le test ne fonctionne donc que pour les personnalités "extrêmes".

L'objectif du modèle MBTI n'est pas le même que celui du Big Five

Toutefois la faiblesse du test MBTI ne doit pas mener a rejeter la théorie de Jung dans son entièreté. En effet, si le Big Five offre une vision objective de la personnalité (et donc particulièrement bien adaptée aux travaux scientifiques), les fonctions cognitives de Jung nous dotent d'une approche subjective. Hérésie scientifique ? Peut être, mais la vision subjective permet au praticien de répondre à des questions intéressantes : comment le sujet perçoit-il ses motivations et son propre comportement ? Cela peut-il expliquer sa manière de penser et d'agir ?

Cela explique sans doute la popularité du MBTI en entreprise, où tenter de mieux comprendre les motivations des autres peut permettre de résoudre des conflits.

Ainsi, en MBTI on ne dit plus que vous êtes désagréable et peu coopératif mais que vous êtes un penseur rationnel. La pilule passe mieux, et si la vision est un peu colorée de rose, elle n'en détient pas moins une certaine vérité - subjective tout au moins.

Une réhabilitation de l'introspection ?

Ce billet ne fait pas complètement honneur au travail d'observation et d'introspection de Jung qui est remarquable de par sa profondeur d'analyse. Certes, sa théorie n'est pas complètement scientifique mais elle garde un caractère rigoureux, loin des élucubrations de son ancien professeur Sigmund Freud. Si la science se veut objective, le scientifique - incarné dans le monde - devra forcement passer par le subjectif pour parvenir à ses conclusions.

Même s'il est à déplorer que certains praticiens et pseudo-scientifiques se soient perdus en chemin, et aussi inconfortable qu'elle puisse paraître pour le scientifique qui n'y est pas habitué, l'introspection est un outil valide pour élaborer des théories psychologiques. Rien n’empêche ensuite de recourir à l'imagerie par résonance magnétique pour confirmer ou invalider ce qui peut être observé par la technique actuelle.

D'ailleurs, si quelqu'un parvient à observer l'intuition introvertie faites signe à ceux qui bossent du coté de l'Intelligence Artificielle, je suis sûr que certains seraient ravis de pouvoir la répliquer !



En bonus, un petit outil que j'ai développé pour étudier le MBTI : http://tools.delemotte.com/mbti-calculator/