dimanche 2 mars 2014

Modèles de la personnalité : la meilleure approche est-elle par types ou par traits ?

Le test de personnalité MBTI place les individus dans 16 catégories distinctes. Il s'agit donc d'un modèle de personnalité par types. Selon cette approche, l'on est soit Introverti, soit Extraverti. Soit Sensitif, soit Intuitif. Etc. Au final, notre type est donné par une combinaison de quatre lettres (INTJ, ESFP, etc).
Extrêmement populaire dans le monde de l'entreprise, ce modèle est très peu accepté dans le monde de la recherche. Que lui reprochent donc les scientifiques ?

Où classer les gens "normaux" ?

De ne pas coller à la réalité, tout simplement : lorsque l'on mesure la propension des individus d'une population à être Introvertis ou Extravertis, on se rend compte qu'il est plus pertinent de les évaluer de manière continue plutôt qu'en catégories. La répartition des résultats se fait en cloche, avec la majorité des individus au centre et de moins en moins lorsque l'on approche les extrémités. En termes mathématiques, il s'agit d'une répartition selon la loi normale (et ce n'est pas un hasard).

Loi normale (avec les écarts types en abscisse)

Dès lors, classifier les individus par types "extrêmes" pose problème car la majorité se trouve... au milieu !

L'arme secrète de la théorie des types, et le scotch qui la fait tenir debout

L'approche par type à toutefois un avantage redoutable : elle est facile à comprendre et à mettre en oeuvre. Le nombre de types étant limité, il est facile pour le praticien de s'y retrouver. Ainsi, pour tenter de conserver cet avantage du modèle par type tout en palliant à l'inconvénient de la majorité inclassable, certains théoriciens des types proposent qu'un individu puisse appartenir à plusieurs types, de manière plus ou moins forte.

Fausse solution je dirais, dans la mesure où le nouveau modèle devient bien plus compliqué qu'un modèle par trait (et ainsi difficilement interprétable de manière objective).

Une alternative plus simple s'offre à nous avec les théories par traits. Reprenons le MBTI. Au lieu de répartir les individus en catégories dichotomiques, il suffit de modifier les catégories en traits. On a maintenant le droit d'être "un peu extraverti mais pas trop".

De 16 catégories, on passe maintenant à une infinité, comme c'est le cas dans un modèle par trait comme le Big Five.

Le retour du type

Très bien me direz-vous. Mais comment fais-je pour interpréter le Big Five ? Comment fais-je pour prendre en compte cette infinité de possibilités dans mon analyse ?

On utilise alors les écart-types pour tenter de classifier les individus (3 = très extraverti, 2 = extraverti, -1 à 1 = neutre, -2 = introverti, -3 = très introverti). Ensuite, il faut vérifier de manière empirique ce qui se passe lorsque l'on croise les traits : par exemple, que se passe-t-il lorsque l'on a un individu très extraverti et un peu neurotique ?

Vous remarquerez que l'on retrouve des types dans une certaine mesure, sauf que si vous faites le calcul, en séparant chaque trait du Big Five en 5 catégories, cela vous fait 5^5 = 3125 possibilités. C'est plus précis que les 16 du MBTI... mais il vous faudra maintenant un logiciel pour vous aider dans l'interprétation, ou une très bonne mémoire !



Pour conclure, comme nous l'avons vu, les types et le traits ne sont pas forcément opposés. Tant que l'on mesure par traits, on peut toujours les discrétiser par la suite pour en faire des types, et ainsi permettre une interprétation. Après tout, voir la photo d'une voiture en 16 millions de couleurs ne vous empêche pas de dire qu'elle est rouge.