dimanche 31 mars 2013

Il est bon d'avoir un minimum de conflit au sein d'une équipe. Vrai ou Faux ?

Le bon sens veut qu'un peu de conflit au sein d'une équipe permet de faire avancer les choses et d'aboutir à des solutions plus créatives.

Réponse: VRAI et FAUX

Dans une étude récente, des chercheurs ont mené une étude sur l'impact de la composition des équipes sur leur performance. Il en ressort que, si le conflit mène à une performance supérieure dans certains cas, il peut aussi y nuire : tout dépend de la personnalité des membres de l'équipe.

Les personnalités qui provoquent le conflit

En termes de personnalité, les personnes dotées d'une faible agréabilité ont tendance à davantage provoquer les conflits. En effet, les personnes faibles en agréabilité privilégient d'avantage leurs propres intérêts à la coopération et l'harmonie sociale. En conséquence, elles sont plus souvent à la source de conflits que les autres.

Les personnalités qui bénéficient du conflit

En revanche, l'agréabilité (ou son absence) n'est pas liée à une meilleure gestion des conflits. Ce sont les traits d'ouverture et de stabilité émotionnelle qui, s'il sont fortement représentés au sein d'une équipe, permettent à celle-ci de tirer parti des conflits.

En effet, les personnes hautes en ouverture vont avoir tendance à signaler les problèmes en amont et ensuite à faire preuve de d'avantage de flexibilité dans la recherche d'une solution.
De même, les personnes hautes en stabilité émotionnelle sont moins anxieuses et vont ainsi faire preuve de moins de comportements de retrait. De plus, leur humeur est plus stable, ce qui peut aider à considérer les choses avec plus de recul.

Pas de vérité absolue en matière de composition d'équipe

Il est important de remarquer que, si elles ont à remplir des tâches générant peu de conflits, les équipes avec des niveaux faibles de stabilité émotionnelle et d'ouverture peuvent être aussi performantes que celles ayant des niveaux élevés.

La composition optimale d'une équipe dépend ainsi de l'environnement dans lequel elle évolue. Dans une startup, il sera pertinent de sélectionner des personnalités ouvertes et stables alors qu'au sein d'une entreprise ayant des procédures et des règles bien établies, l'inverse pourra être vrai.









dimanche 3 mars 2013

Genre et stéréotypes de personnalité : un fond de vérité ?

De nombreuses études mettent en évidence des différences entre les hommes et les femmes au niveau de la personnalité. Conformément aux stéréotypes habituels, les femmes sont plus agréables, plus chaleureuses et plus sensibles émotionnellement que les hommes.
On retrouve ces différences entre cultures. Mais, contrairement à ce à quoi l'on pourrait s'attendre, ces différences sont plus importantes dans les cultures où les rôles sociaux traditionnels sont les moins prégnants.

Deux paradigmes pourtant concurrents sont donc remis en question simultanément :
  • celui qui attribue les différences à la psychologie évolutionniste : si l'origine des différences était purement génétique alors les différences devraient être les mêmes à travers les cultures.
  • celui qui attribue les différences aux rôles sociaux traditionnels : dans ce cas les différences devraient être réduites dans les sociétés plus égalitaires, or l'on observe l'inverse.

Le débat entre nature et culture a donc de longs jours devant lui ! Mais quelque'en soit l'issue un jour je voulais montrer que, au niveau pratique, les stéréotypes doivent être pris en compte de façon plus nuancée que cela est fait habituellement.

Différence significative ne veut pas dire différence systématique

À partir des données collectées par Vadequa (n=6000), j'ai tracé un graphique de la distribution du trait Névrosisme dans la population (il en va de même pour l'Agréabilité). Il met en évidence la relativité de ces différences :



Certes, on observe une différence significative (pour les scientifiques : p < 2.2e-16)  mais il n’empêche qu'une partie importante des femmes ont un névrosisme plus faible que la moyenne des hommes. Ainsi, différence significative ne veut pas dire différence systématique !

En revanche, il faut s'attendre à ce que ces différences significatives aient une influence sur les comportements et explique en partie des conséquences au niveau social (puisque par exemple les personnes au névrosisme élevé vont avoir une aversion plus grande pour le risque et les personnes à agréabilité élevée négocient moins leur salaire).


Exagérer ou nier les différences : des conclusions erronées dans les deux cas

Ainsi, que vous pensez pouvoir expliquer le plafond de verre par des différences de personnalité entre les hommes et les femmes ou que vous cherchiez à expliquer les différences sociales uniquement par mécanismes sociaux, vous risquez fort d'avoir tort dans les deux cas. 

Amusant quand on voit les passions que déclenchent ces débats et les certitudes assénées dans les deux camps...

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Si les biais cognitifs concernant la personnalité vous intéressent consultez mon billet sur l'effet de halo.

samedi 2 mars 2013

8 erreurs à ne pas faire lorsque l'on jauge une personnalité

Pas facile de jauger une personnalité en quelques minutes. Mais difficile de s'en empêcher. En situation sociale nous sommes constamment en train de tirer des inférences sur les personnes avec lesquelles on communique.

La dimension de personnalité la plus facilement appréhendable est sans doute celle de l'introversion-extraversion. Commune à la quasi totalité des modèles de personnalité, elle indique le degré d’énergie et de sociabilité d'une personne.

Mais attention, un trait peut en cacher un autre ! Sans modèle de personnalité, on tombe facilement dans le piège de l'effet de halo : notre tendance à attribuer des caractéristiques positives à une personne dès lors que l'on a perçu une caractéristique désirable, en l’occurrence l'extraversion.

Voici donc, sur la base du modèle du Big Five, les pièges à éviter :


Les introvertis sont timides

Oui, les introvertis sont décrits comme timides. Mais il faut plutôt parler de réserve. Les introvertis n'ont pas forcément peur d'aborder les autres : ils en ressentent tout simplement moins l'envie et cela les fatigue à contrario des extravertis que cela stimule.
La timidité appartient à un autre trait du Big Five :  le Névrosisme. De manière contre intuitive pour ce qui ne le sont pas, on peut ainsi être sociable et timide à la fois !

Les introvertis sont obéissants

Oui les introvertis ne cherchent pas à dominer les autres. Par contre, même s'ils ne l'expriment pas à voix haute, ils ne vont pas forcément se laisser faire.
En effet, être conciliant appartient au trait de l'Agréabilité. Attention donc, pour un introverti ne rien dire ne signifie pas être d'accord, surtout si son agréabilité est faible.

Les introvertis sont cultivés

Oui, les introvertis passent plus de temps dans les livres / les ipads. Mais la culture est d'avantage liée au trait de l'Ouverture qui correspond à l'attrait pour l'art et les choses nouvelles. On peut être introverti et ne lire que des magasines people !

Les introvertis sont intelligents

Non, pas plus qu'un extraverti. D'ailleurs l'intelligence n'est pas liée à la personnalité.


Les extravertis sont créatifs

Non, la créativité est liée au trait de l'Ouverture. Par contre les extravertis vont être ceux qui vont reprendre et communiquer les idées des autres au plus grand nombre.

Les extravertis sont émotionnellement stables

Non, la stabilité est liée au trait du Névrosisme. Par contre un extraverti peu stable va l'exprimer facilement ce qui donne un caractère "soupe au lait" avec le ressenti de nombreuses émotions positives dues à l'extraversion mais aussi de nombreuses émotions négatives dues au Névrosime.

Les extravertis sont de bons leaders

Oui, les extravertis sont attirés par le statut et la dominance. Ils sont donc plus souvent en position de leadership que les introvertis. Par contre cela ne fait pas forcément d'eux des leaders efficaces, cela dépend du contexte. De plus, qui veut d'un leader instable ou peu consciencieux ?

Les extravertis sont sympas

Oui, les extravertis sont plus chaleureux. Mais cela ne veut pas dire qu'ils sont plus altruistes. Les comportements d'entraide correspondent au trait d'Agréabilité. Un extraverti peu agréable va pouvoir se montrer très dur pour dominer les autres.



Alors, a-t-on tout faux lorsque l'on est victime de l'effet de halo ? Pas forcément. L'effet de halo pourrait avoir un fondement car l'extraversion semble être liée à des caractéristiques désirables sur les autres traits... en général.
Mais recourir à des généralités risque fort de mener à l'erreur de jugement. D'où l’intérêt de bien maîtriser un modèle comme le Big Five pour mieux cerner la complexité des personnalités.




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Si les biais cognitifs concernant la personnalité vous intéressent consultez mon billet sur les stéréotypes de genre.