dimanche 13 janvier 2013

Cultures d'entreprises : pourquoi ce manque d'innovation français ?

À l'heure où le débat porte sur la compétitivité hors coûts, il se pose la question de la faiblesse de la capacité d'innovation française. Si les politiques aiment vanter nos TGVs et nos centrales nucléaires, force est de constater que nous n'avons pas créé de grandes entreprises innovantes depuis 40 ans. À comparer aux États-Unis où sont nées Google et Amazon dans les années 90 ou plus récemment Facebook.

Cette faiblesse de l'innovation peut-elle s'expliquer par notre culture nationale ? Sans doute si l'on compare les dimensions culturelles françaises par rapport aux dimensions nécessaires à l’émergence de l'innovation.

Voici les scores de la France sur les dimensions culturelles de Hofstede comparés à ceux des États-Unis et de la Chine :

Graphique généré depuis http://geert-hofstede.com/france.html

Une distance hiérarchique élevée (PDI)

La distance hiérarchique élevée entre les salariés et les dirigeants nuit à l'innovation. Une centralisation trop forte des décisions, un empilement des procédures ainsi qu'une mauvaise propagation de l'information due aux baronnies qui cherchent à consolider leur pouvoir diminuent la capacité créative des salariés. Avec notre culture du "chef", nous avons de grands progrès à faire sur ce point en France par rapport aux pays anglo-saxons (mais moins qu'en Chine !).

Un individualisme relativement élevé (IDV)

Le rapport individualisme/collectivisme n'est pas directement lié à la capacité d'innovation. On peut distinguer deux cas :

  • Un collectivisme orienté famille qui nuit à l'innovation car les idées évoluent en circuit fermé ;
  • Un collectivisme orienté organisation qui favorise l'innovation 

Ne disposant pas de données précises sur ce point, je ne peux pas en tirer de conclusion au niveau français.


Une culture "féminine" (MAS)

Une culture "féminine" est collaborative à l'opposé d'une culture "masculine" qui est compétitive. Ce climat de support est nécessaire à l'innovation car il encourage les salariés à tester des idées nouvelles et parler ouvertement sans craindre pour leur carrière. La France marque des points sur cette dimension par rapport aux États-Unis et à la Chine.

Une tolérance à l’ambiguïté faible (UAI)

Il s'agit là de la faiblesse majeure de la France en matière d'innovation. Pour les Français, ce qui est différent est dangereux. Les nouvelles idées sont rejetées au sein des entreprises mais aussi par les clients. De nombreuses règles sont en place afin de limiter les risques. Le principe de précaution qui nous est si cher illustre ce point à la perfection (à notre décharge, ce sont les allemands qui l'ont inventé).



Dans un monde complexe, il est difficile d'innover de manière durable sans une culture d'entreprise appropriée. Avant de parler d'innovation technique, peut-être faut-il d'abord aborder le sujet de l'innovation organisationnelle et avoir l'audace de rompre avec notre culture nationale à bout de souffle.