mardi 23 octobre 2012

Pourquoi changeons-nous si lentement ?




Que vous abordiez l'Homme sous l'angle de la psychologie, de la philosophie ou encore de la médecine, une problématique à laquelle l'on est régulièrement confronté est celle de l'inné versus l'acquis.

Et pourtant, la réponse de la science en la matière est souvant la suivante : ne cherchez pas a séparer l'inné et l'acquis en deux catégories distinctes. En effet, l'inné et l'acquis font parti d'un continuum : de manière générale, rien n'est complètement inné comme rien n'est complètement acquis.

Certaines choses changent vite (émotions) alors que d'autres changent très lentement (le nombre de bras ou de nageoires d'une espèce animale).

La question véritablement intéressante est donc : 

Pourquoi certaines choses changent-elles plus vite que d'autres ?

N'aurait-on pas intérêt à pouvoir se remodeler à l'infini, en fonction de nos besoins ? Changer de personnalité car elle nous rend malheureux ? Devenir plus rapide en sprint pour dépasser Bolt aux Jeux Olympiques ?

Et pourtant, certaines choses paraissent immuables. On nous répète régulièrement que certaines choses sont d'origine génétique, que d'autres sont dues à nos expériences dans le ventre de notre mère, que nos études nous destinent à un métier et nous rendent inaptes à un autre, etc.

Mais regardez-y de plus près, vous voyez que certaines choses sont finalement davantage immuables que d'autres.


Pour moi, si certaines choses sont très stables, c'est qu'elles le sont pour une raison : nous humains sommes de très perfectionnées machines à induction. C'est à dire que, pour une situation donnée, nous inférons des actions à adopter en fonction de nos expériences passées.
Et si certaines de nos caractéristiques changent peu, c'est pour éviter ce que l'on appelle en jargon statistique “le surapprentissage”.

En effet, si nous avions la capacité à nous adapter de façon immédiate à notre environnement, nous nous rendrions par la même occasion :
  1. très vulnérables à des phénomènes rares mais catastrophiques (cf la théorie du signe noir) ;
  2. incapables de suivre une stratégie de survie de long terme en nous perdant dans des plaisirs immédiats.

Par exemple, si nous pouvions modifier notre personnalité de manière à éviter d'être anxieux - un sentiment bien désagréable - peut-être que nous ne nous préparerions pas suffisamment aux épreuves qui nous attendent.  À ce sujet, il est intéressant d'observer que la dépression nous fait prendre des décisions plus réalistes que lorsque nous sommes bien portants.

Comment s'est créée cette merveilleuse machine statistique que nous sommes ? 

Au cours de notre vie, de par nos expériences, nous modelons nos croyances, notre culture. Pendant notre enfance, nous modelons aussi une partie de notre personnalité.

Mais cela ne s'arrête pas là : selon Darwin, nos ancêtres ont eux aussi participé au modelage de notre ADN en survivant. Plus compliqué, les phénomènes épigénétiques permettent aux mères de modifier l'ADN transmis à leur descendance sur plusieurs générations. Par exemple, les mères ayant subi la famine aux Pays Bas lors de la seconde guerre mondiale ont vu leur génotype modifié afin que leur descendance soit plus efficace dans le stockage d'énergie sous forme de graisse, favorisant ainsi l'obésité dans la génération suivante.
Finalement, nos ancêtres et leurs compatriotes ont contribué au développement de cultures durables, qu'elles soient régionales, nationales ou autres.

Ainsi, nous sommes donc le résultat de l'agrégation de nos expériences mais aussi de celle de nos ancêtres et des contemporains de nos ancêtres.

Vous voyez là émerger la notion de systèmes imbriqués les uns dans les autres. Nous, individus, sommes un système (organes qui travaillent en collaboration), nos appartenons à des super-systèmes (culture nationale) mais nous sommes aussi composés de sous-systèmes (faune bactérienne).

Quel est le but d'un système vivant ? 

Selon moi, un système a un but par défaut : survivre. Car s'il ne survit pas alors le système n'existe pas.

Une espèce animale survit grâce à la transmission de caractéristiques codées par son ADN, une culture survit grâce à la transmission de ses croyances par la parole, un homme survit en évitant les accidents grâce à une personnalité prudente, etc.

Bien entendu, les choses peuvent se complexifier : un homme peut créer une nouvelle culture, une bactérie peut changer d'hôte.
La survie d'un système et de ses sous-systèmes dépend d'effets circulaires et d'équilibres délicats. Par exemple, si un virus tue son hôte trop vite, alors son super-système qu'est l'épidémie ne peut se propager et donc ne survit pas.

Revenons a l'idée de machine à induction

Le résultat des expériences depuis la nuit des temps est stocké de manière plus ou moins agrégé - selon l'ancienneté et l'importance - sous une forme d'information qui peut être soit l'ADN pour une espèce, soit la mémoire d'un homme ou encore sa personnalité.
On comprend alors la difficulté que rencontrent les chercheurs en intelligence artificielle pour reproduire une intelligence humaine. Nous sommes le fruit de milliards d'années d'expériences passées et actuelles. Un ordinateur en isolation fait alors piètre figure par rapport à nos capacités d'induction (mais se débrouille en déduction comme le montre la défaite de notre espèce aux échecs).

Lorsque nous sommes confrontés à une nouvelle expérience, nous prenons une décision qui est le résultat des inductions calculées à la fois par les systèmes qui nous composent et par ceux qui nous entourent. Ces inductions sont calculées à partir des stimuli provoqués par l'expérience en question.


Pour finir, je vous donne donc ma définition de la vie : un système composé de sous-systèmes qui a la capacité d'évoluer au sein et d'influer sur des super-systèmes afin de survivre.

Conclusion

L'intérêt pratique d'un point de vue RH ? Sans doute à peu près nul. Et d'un point de vue scientifique, cette théorie est à prendre avec beaucoup de pincettes.

Mais avouez que cette façon de voir la vie est aussi troublante qu'amusante.