samedi 5 novembre 2011

L'illusion de la performance passée des PDGs

Richard A. Cazier et John M. McInnis publient une étude qui relance le débat sur la valeur du talent managérial des PDGs : les entreprises rémunèrent-elles de façon rationnelle leurs PDGs stars ?

Les deux chercheurs observent que les sociétés cotées ont tendance à recourir à des PDGs ayant connu le succès dans leurs emplois précédents, ce qui n'est pas en soi très surprenant. Toutefois, les universitaires s'interrogent sur la rationalité du montant de la prime salariale que les entreprises accordent aux PDGs afin de les attirer.

La performance antérieure est-elle le seul critère à prendre en compte ?
Deux hypothèses sont en concurrence :

  • les anciens PDGs d'entreprises sur-performantes ont démontré qu'ils détiennent les compétences nécessaires au succès. Ils pourront appliquer ces compétences dans l'entreprise qui les embauche ;
  • les compétences managériales ne sont pas toutes transmissibles d'une entreprise à l'autre. Par conséquent, les recruteurs accordent trop d'importance aux succès antérieurs. Ainsi, promouvoir en interne est plus pertinent que de rechercher un "super-héros" à l'extérieur.


Une corrélation négative entre prime et performance future
Après des calculs statistiques prenant en compte de nombreux paramètres, il ressort de l'étude que la prime accordée aux PDGs stars lors de leur recrutement est trop importante par rapport à la performance future de l'entreprise.
Pire, la corrélation entre la prime et la future performance est négative : plus la prime est élevée, moins la performance sera bonne.

Afin d'expliquer ce phénomène, les chercheurs ont analysé la composition des conseils d'administration des sociétés et concluent que plus le conseil est composé de membres inattentifs (absent, occupés), plus il a tendance à opter pour la facilité : seul est pris en compte le critère de performance passée alors que les besoins spécifiques de l'entreprise qui recrute sont négligés.

Culture organisationnelle et équipe
Les humains ont tendance à personnifier les succès et les échecs. Il est plus facile d'expliquer un succès par une personne que par des facteurs contextuels complexes. Toutefois, comme le montre l'étude, il est indispensable de prendre en compte le contexte lors d'un recrutement... sous peine d'en payer le prix fort.

Ainsi, la performance d'un PDG dépendra de sa performance passée mais aussi de la synergie qui opère au sein de l'équipe dirigeante ainsi que de sa compréhension de la culture de son entreprise.