mardi 15 mars 2011

Pourquoi il faut un avocat du diable dans votre équipe

La pensée de groupe ou "group think" est la tendance pour un groupe à privilégier le consensus plutôt que de suivre un processus de décision rationnel.
Plus l'équipe est soudée, plus le risque de voir ce comportement émerger est fort. Une manière  d’atténuer les effets de la pensée de groupe est d'introduire de la diversité au sein du groupe afin de varier les sources d'information, les expériences et les idéologies.
Toutefois, le seul fait d'intégrer au groupe des individus différents à la norme ne suffit pas en soi à éliminer le risque de pensée de groupe.

L'expérience de Asch
L'expérience de Asch est une expérience célèbre réalisée par le psychologue Soloman Asch en 1951 et qui a pour but d'évaluer la propension des individus à se conformer à l'opinion du groupe.

Sous prétexte d'un test de vision, l'expérience se déroule de la manière suivante : l'expérimentateur forme un groupe composé de sept complices et d'un sujet. Le sujet ignore que les autres membres du groupe sont complices. Ensuite, l’expérimentateur produit un dessin composé de quatre lignes. Les membres du groupe désignent alors à tour de rôle quelle ligne parmi les trois dernières est de la même longueur que la première. Le sujet est placé pour parler en dernier.
Dans la plupart des cas, les complices fournissent une réponse correcte et s'accordent par conséquent avec le sujet. Mais, dans certains cas, les complices fournissent tous une réponse erronée. L'expérimentateur peut alors déterminer la propension du sujet à se conformer à l'opinion du groupe (le groupe de contrôle montre que les sujets ne commentent quasiment jamais d'erreur sans être influencés).

Résultats de l'expérience
Comme le montre la vidéo de l'expérience ci-dessous, 32% des sujets choisissent de se conformer à l'opinion majoritaire du groupe.
Les expérimentateurs identifient trois causes d'erreur :

  • la perception  des sujets est modifiée par l'effet de groupe : les sujets ne se rendent pas compte de leur erreur
  • les sujets doutent de leur capacité visuelle et donc choissent d'aller dans le sens du groupe
  • les sujets sont conscients que le groupe est dans l'erreur mais privilégient le consensus 


Toutefois, en introduisant un sujet supplémentaire dans le groupe, le taux d'erreur tombe à 10%. Dans le cas où l'un des complices fournit systématiquement la bonne réponse, le taux d'erreur est réduit à 5,5%. Le complice doit toutefois maintenir sa position car dans le cas d'une défection, le taux d'erreur du sujet revient à 28,5%.

Voici ce qui constitue un argument en faveur du rôle de l'avocat du diable au sein d'une équipe. Si l'avocat du diable a raison, alors il encourage les membres de l'équipe qui doutent à faire part de leur opinion. S'il a tord, et que personne ne se range à son opinion, il suffit de l'ignorer.